1ère Guerre Mondiale : la vie des soldats

Témoignages de MM. Faure-Brac de Cervières (Htes Alpes), Lefebvre d'Estrablin (Isère), Pouch et Taurisson de Noailles (Corrèze).

1) Comment étiez-vous habillés ?

- Ah ! Nous étions bien habillés, les Français ! On avait des pantalons rouges... un képi rouge, et puis une veste bleue; avec ça on était beau ! Les Allemands, eux, ils étaient habillés comme il faut : couleur bleu foncé... Les Allemands ils disaient "Tiens voilà les Franzouses" parce que c'étaient des silhouettes ces rouges, alors ca fait qu'ils nous voyaient de loin... Ah nom de Dieu ! On est resté plus d'un an avec cette tenue là. Parce que pour faire des costumes pour l'armée entière, vous comprenez, c'est pas en cinq minutes, oui.

2) Comment ça a débuté, les tranchées, quand il n'y avait rien du tout dans un champ par exemple ?

- Ca a débuté pour se cacher, d'abord. Les Allemands s'arretaient. Ils tenaient bon. On n'attaquait pas toujours. Alors fallait commencer un petit trou pour se cacher le nez. petit à petit dans la nuit on améliorait son trou : on se garait quoi ! Et puis les régiments qui venaient après, ils continuaient le travail qu'on avait commencé.

- Quand il pleuvait ?

- Ah ! Qu'il pleuve ou qu'il ne pleuve pas, on était là. Fallait bien y rester. On était trempé le matin des fois ! Encore l'été ça allait bien; mais l'hiver des fois on se réveillait, on avait la capote raide de gel quand il avait tombé la rosée et gelé là dessus. Alors petit à petit c'est venu qu'on a afait des abris formidables, des abris profonds.

3) Et les attaques comment se passaient-elles ?

- Ah ! Les attaques.. On était dans la tranchée, alors on nous avertissait : "à telle heure nous attaquons". Le matin on avait touché un quart de gnole, qu'on appelait. C'était... de la gnole. Je ne sais pas ce que c'était : il y avait un peu de tout ! Un litre de vin, un litre de café. Le capitaine passe : il nous a dit " vous avez touché ça ?" "Oui" Eh bien à midi il y aura à faire bien attention : sur le poste du commandant, un fusant (obus éclatant en l'air). Quand il éclatera ce sera l'attaque ! Et tout le monde dehors hein ! Je pars mais avantde sortir de la tranchée, je fais la tournée : que tout le monde soit sorti". Il nous commandait avec révolver au poing : ceux qui ne sortaient pas... Et tu sais les mitrailleuses tiraient, les obus tombaient. Tu étais mélangé dans les obus français, les obus allemands... J'ai vu un de mes camarades qu'un obus de 150 ou de 105 lui est tombé aux pieds : l'explosion l'a soulevé de terre, et j'ai dit : "t'as pas de mal". Il dit "non tu vois bien". Parce que dans la Somme la terre était mouvante. Il avait son fusil baïonnette au canon, et il a continué. Si tu réussissais à sauver ta peau, tu la sauvais. Si tu ne réussissais pas tu étais pris. C'est que tu sais, avec les copains, il y ades fois, c'était sauve-qui-peut...

4) Et quand vous avez appris la signature de l'armistice ?

- A ce moment là j'étais en convalescence à cervières. Alors j'ai appris l'armistice, et je me rappelle que mon père s'est mis à pleurer et ma mère aussi. Alors voilà que mon père m'a dit : "maintenant je puis mourir, je sais que tu es revenu". Et il est mort. Ma mère est morte quelques mois après, mon père un an après... Et alors la tristesse de ceux qui avaient perdu leurs enfants ! Dites j'avais 2 camarades de mon âge, eh bien ils sont morts tous les deux à 24 heures d'intervalle. On a appris leur mort comme ça. Et tant d'autres....