Lycée Le Rebours


Lutèce, une ville gallo-romaine




Les arènes et les jeux à Lutèce

Par Lassad Bahri et Mathieu Brossay.

INTRODUCTION

PREMIERE PARTIE : L'AMPHITHEATRE.

I- Historique des salles ou lieux de spectacle

1- L'amphithéâtre.

2- Plan archéologique de l'amphithéâtre.

II- La composition de l'édifice.

1- Le mur de Podium.

2- Les deux grandes entrées.

3- La façade extérieure de la cavea.

III- L'arène, le lieu des jeux et des exhibitions.

1- La scène, un espace théâtral.

2- Le jeux chez les romains.

Conclusion.

PARTIE DEUX : LE THEATRE.

I- La structure du théâtre.

1- Le théâtre découvert par Vacquer.

2- La façade.

II- Le théâtre romain, sa spécificité.

1- Les romains, des athéniens en négatif ?

2- Le théâtre, une utilisation politique ou

culturelle ?

CONCLUSION

Sources

INTRODUCTION :

Cet édifice, qualifié de tout temps d'arènes, est connu depuis le Moyen Age ; des textes le mentionnent au cours du XIIe et XIIIe siècles. Il aurait été restauré à l'époque mérovingienne, mais les preuves ne sont pas absolues. La véritable résurgence du monument date des années 1860, lorsque fut exproprié le grand terrain où était édifié le couvent des augustines de la Congrégation Notre Dame et les jardins attenants, à la même période que le projet de percement de la rue Monge. En 1869 Vacquer découvrit les premier vestiges gallo-romains, peu de temps après la partie nord de l'arène était mise au jour. Les préoccupations de l'époque n'étant pas orientées vers la préservation du patrimoine. Un dépôt de bus fut construit, une partie de l'amphithéâtre disparaissait au bénéfice d'une construction nouvelle. Un scandale éclata remettant en cause ces décisions invraisemblables, se constitua un institut des savants pour protéger le site. En 1883, la crise était totale, la partie méridionale de l'édifice était à son tour dégagée. Le 27 Juillet le président du conseil municipal reçut une lettre de Victor Hugo.

" Monsieur le président,

Paris 27 Juillet 1883,

Il n'est pas possible que Paris la ville de l'avenir renonce à la preuve vivante qu'elle a été la ville du passé. Le passé amène l'avenir. Les arènes sont l'antique marque de la grande ville. Elles sont un monument unique. Le conseil municipal qui les détruirait se détruirait en quelque sorte lui-même. Conservez les arènes de Lutèce. Conservez-les à tout prix. Vous ferez une action utile, et, ce qui vaut mieux, vous donnerez un grand exemple. Je vous sers les mains.

Victor Hugo. "

Le conseil municipal de Paris répondit rapidement à cette missive, et il acquit les vestiges du monument, qui furent classés monument historique. Un square fut établit sur le site afin de le valoriser. Aujourd'hui on peut voir une partie de l'édifice reconstitué. Cet emplacement pour ce monument au 1er siècle avait été choisi pour la topographie du terrain, les architectes avaient réalisé cette construction afin qu'elle bénéficie d'un éclairage au soleil levant. Ceci permettait de plus aux spectateurs d'avoir une vue sur la vallée de la Biévre, ceci offrait une vision panoramique, sur les collines de Ménilmontant et de Belleville.

Cet endroit était un espace de spectacles qui attirait des personnes de toute la région. L 'édifice était de taille mesurant 130 mètres de long sur 100 mètres de large, il était le plus grand semi amphithéâtre connu en Gaule, en effet il pouvait contenir 18.000 spectateurs. Effectivement les arènes de Lutéce était un lieu de spectacle nous prendrons le soin de décrire cette spécificité dans notre dossier.

PREMIERE PARTIE : L'AMPHITHEATRE.

I- HISTORIQUE DES SALLES OU LIEUX DE SPECTACLE.

Dans toute ville romaine les édifices réservés au spectacle sont largement supérieurs à ceux réservés aux bains et au sport. On y trouve souvent un théâtre et un amphithéâtre, dans les très grandes villes un Odéon s'ajoute au théâtre. Ces monuments (théâtre et amphithéâtre) sont très chers pour les municipalités, mais leur préservation garantie un certain maintien de la romanisation des masses. Ils permettent de réunir une population importante, ils se développent aussi dans les campagnes à certains carrefours. Ces espaces sont aussi des lieux de contrôle de la population et de transmission culturelle. Lutéce possède plusieurs lieux de spectacle importants. Elle a un amphithéâtre, comportant une scène de théâtre mais qui est plutôt destiné aux spectacles de l'arène. Lutéce possède aussi un théâtre dont nous parlerons dans la deuxième partie. L'amphithéâtre occupe une place excentrée à la ville, étant un lieu de mort l'amphithéâtre s'élevait à l'écart de l'agglomération. L'accès se faisait par deux rues ; la rue des écoles et la rue Monge et depuis le forum par le prolongement de la rue Cujas. Le théâtre comme on le verra est inclus dans l'agglomération.

1- L'amphithéâtre :

Les ruines de cet édifice étaient encore visibles au XIIéme siècle, on découvrit les restes après plusieurs explorations de 1869 à 1916. Le terme des arènes a été préservé jusqu'à la fin du 18éme siècle, c'est au 19éme siècle qu'on lui rendit son nom : les amphithéâtres de Lutéce. Son orientation allait bien vers le soleil levant.

2- Plan archéologique de l'amphithéâtre :

Ce monument après avoir été étudié par plusieurs spécialistes met en valeur le grand luxe de sa décoration, la grande dimension de l'arène et de la scène. Cette construction archaïque est très bien décrite par J. Formigé.

Plan archéologique de l'amphithéâtre :

Le plan de Formigé montre bien l'arène en arc outrepassé, les vomitoires qui amenaient les spectateurs ainsi que le mur de scène. L'amphithéâtre pouvait accueillir des spectacles variés relevant à la fois du théâtre et des jeux d'amphithéâtre.

II- LACOMPOSITION DE L'EDIFICE :

L'édifice se compose d'une arène faisant un ovale irrégulier, et qui est légèrement aplati du côté de scène. Cette arène mesure 52,50 mètres sur 46,8 mètres. Cette technique particulière pour dessiner et construire les amphithéâtres était bien connue des romains qui avaient résolu ainsi la construction des gradins concentriques, problème qui ne se pose pas dans la construction d'un théâtre : "son tracé est le résultat de deux coups de compas donnés à partir de centres légèrement écartés l'un de l'autre. L'un dessine le cercle incomplet de la cavea, et cette ligne circulaire permet de tracer tous les gradins sur le plan parfaitement concentrique ; l'autre forme de côté de arène moins curviligne, et le raccord des gradins et de la scène ne pouvant se faire dans ces conditions, un espace triangulaire les sépare, de chaque coté l'un de l'autre." Cette construction est originale et surtout met en valeur une avancée architecturale de taille.

1- Le mur de Podium :

L'amphithéâtre " les arènes " de Lutèce : le mur podium et un vomitoire.

L'arène ne comporte pas de fosse centrale mais elle est entouré d'un mur de Podium d'une hauteur de 2 mètres 50. Il y avait certainement dans une partie jouxtant le mur un couloir qui contenait les accès aux premier gradins. Dans le mur on découvre la présence de petites niches qui pouvaient servir de petites chapelles de culte, plutôt que de coulisses. Il y avait certainement des cages à animaux dont on devine le socle des grilles, ces cages menaient directement aux arènes. Les deux grandes entrées, formant chacune trois portes, une grande au milieu et deux petites sur les côtés permettent de penser que les conditions de sécurité étaient remplies. Mais surtout que les activités menaient dans l'arène étaient des exhibitions de combat d'hommes et d'animaux.

2- Les deux grandes entrées :

Elle donnent l'accès de l'extérieur vers l'arène, ce sont de vastes couloirs en plan incliné. Ces couloirs sont larges de 5 mètres 82, celle du sud est conservée sur toute sa longueur de 39,70 mètres. Cette longueur nous donne clairement la taille des gradins qui permet d'estimer la taille de l'amphithéâtre à 130 mètres et 68 centimètres. Ceci nous permet de dire qu'il est un grand amphithéâtre, il pourrait être classé après celui de Nîmes, mais il demeure plus petit que celui de Grand (Vosges) qui atteint 137,50 mètres sur le grand axe.

Amphithéâtre : les gradins buttent sur les immeubles.

3- La façade extérieure de la CAVEA :

Cette façade permet de dire que l'amphithéâtre de Lutéce fait partie des grands amphithéâtres qui étaient doté de revêtement en pierre de taille. On estime qu'il a été moins onéreux qu'un amphithéâtre ordinaire. Ce principe de construction permet d'économiser la construction d'une structure de maintien, on utilise le terrain et sa topographie pour bénéficier d'un mur de soutien naturel. Ce principe permet de réaliser une entrée scénique directe. On nomme ces architectures archaïques des " amphithéâtres à scène " dont la Gaule a le monopole et cet édifice de Lutéce en est un exemple brillant.

III- L'ARENE, LE LIEU DES JEUX ET DES EXHIBITIONS :

Cette arène ainsi conçue permettait de mettre en valeur des exhibitions de l'amphithéâtre. Les spectacles de théâtre dramatiques ne se tenaient pas dans l'amphithéâtre, car la scène n'était pas faite pour respecter les règles de la tragédie.

1- La scène, un espace théâtral :

Cette scène n'était pas faite pour les tragédies qui nécessitent des portes particulières. Ce n'était pas une scène organisée pour le théâtre dramatique, mais elle a eu ces fonctions, on y faisait des représentations théâtrales, de mimes et de danse. Les conditions typiques d'acoustiques n'étaient pas réunies, mais l'existence de cette scène n'a pas empêché la présence de représentations tragiques. Les niches permettaient tout de même d'améliorer l'acoustique.

2- Les jeux chez les romains :

Chez les romains les jeux célébrés dans le forum, dans le cirque, l'amphithéâtre ou le théâtre (course de chars, combats de gladiateurs, représentations scéniques), étaient l'accompagnement ordinaire des fêtes, des célébrations d'anniversaire, des funérailliers, etc... Ils étaient offerts par des particuliers ou au nom de l'état, mais en grande partie à leurs frais par les édiles, puis par les prêteurs. C'est au IVéme siècle avant Jésus Christ que les jeux furent introduits d'écurie à Rome. Les principaux d'entre ces jeux étaient : les jeux apollinaires, donnés en honneur d'Apollon, en partie au théâtre, en partie au cirque : les jeux Capitolins, en l'honneur de Jupiter ; les jeux Floraux au début de Mai en l'honneur de Flor et de caractère licencieux ; les grands Jeux en l'honneur de la mère des dieux ; les jeux Plébéiens, en souvenir du succès remporté par le peuple après sa retraite sur l'Aventin ; les jeux séculaires célébrés tous les 110 avec une grande solennité. Les jeux furent supprimés sans difficulté par des successeurs de Constantin.

CONCLUSION :

Cette réflexion menée sur l'amphithéâtre nous permet maintenant d'aborder la structure du théâtre. Cette architecture présente des aspects similaires, mais n'a pas été édifiée de la même façon. C'est surtout la place dans l'agglomération qui est très différente. L'amphithéâtre avait un rôle de contrôle des masses, le théâtre avait un rôle légèrement différent, il permettait de cultiver et de transmettre un certain nombre de valeurs.

PARTIE DEUX : LE THEATRE.

Festif et spontané le théâtre eut pour espace originel une simple aire de terres battues occupée en son centre par un autel autour duquel dansaient et chantaient des choristes. Tout espace pouvait donc devenir une orkhêstra improvisée, délimitée par l'attroupement des spectateurs. Lorsque le rituel s'élabora au point de devenir texte, le choeur s'organisa et le public fut refoulé à la périphérie du choeur. C'est autour du développement des structures que l'on passera de la scène grecque à la scène romaine. Plus réaliste le théâtre romain est en même temps un lieu dont l'unité architectonique montre la volonté d'être un espace spécifique réservé à l'illusion dramatique.

I- L A STRUCTURE DU THEATRE :

Le théâtre situé rue Racine. A la différence de l'amphithéâtre, il est constitué d'un demi-cercle fermé par une scène.

L'orchestra n'occupe qu'un demi cercle, les bâtiments de scène sont soudé à l'orchestra. La scène est large et basse. La scène est formée d'un muret plein orné de niches décorées. La frons scenae est un somptueux mur architecturé. Les accès à la cavea se font par des voûtes. Des loges situés sur les voûtes latérales sont réservées aux ordonnateurs des spectacles. Sénateurs et personnalités prennent place dans l'orchestra. La cavea est plus souvent un terrain plat, d'où une importante substruction avec riche façade, colonnade, couloirs, etc... Le théâtre n'a pas de lieu imposé : il se trouve fréquemment près du forum, le théâtre romain est un terrain de classe qui offre d'avantages de sièges pour les officiels et moins d'espace pour le spectacle. Les places sont séparées par des parapets en fonction des groupes sociaux.

Schéma d'un théâtre romain.

1- Le théâtre découvert par Vacquer :

Il reconstitua le théâtre en dessin grâce à de rares vestiges. Les vestiges s'inscrivent dans un rectangle entre quatre rues antiques : la rue Racine, le boulevard Saint Michel et deux autres. Les dimensions d'ensemble étaient environ de 72 mètres sur au moins 47 mètres. Les dispositions de l'orchestre, de la scène et des gradins ne sont pas connues.

2- La façade :

La façade était percée par des arcades d'entrée, des piles d'alignement permettaient de constituer des entrées pour le public. On a du mal à expliquer la présence des murs retrouvés, ils étaient des supports aux gradins et permettent des accès à la scène de façon latérale.

II- LE THEATRE ROMAIN, SA SPECIFICITE :

Dans le monde romain, précisément, les activités dramatiques ont toujours été confrontées à d'autres spectacles - jeux du cirque, chasses, fêtes navales, courses de chars etc... - au point que en 164 avant notre ère le public qui assistait à une représentation déserta les gradins du théâtre pour aller vers l'amphithéâtre voisin d'où lui venaient les rumeurs d'un combat de gladiateurs !!

1- Les romains des athéniens en négatif ?

On ne peut pas dire cela car les théâtres faisaient également partie de la vie romaine, prenons l'exemple du théâtre de Pompée pouvant accueillir 30.000 spectateurs. L'activité théâtrale existait donc bel et bien, cependant bien que régie par une structure issue du modèle grecque elle n'eut jamais le même caractère civique. Moins fortement encadrée par les institutions, bien qu'un magistrat supervise l'organisation des spectacles dramatiques, le théâtre latin fut très rapidement récupéré par le pouvoir central qui l'utilisa à des fins autocratiques : rappelant le nombre important des chômeurs à Rome Jérôme Carcopino soulignait qu' " un peuple qui baille est mûr pour la révolte ". Et d'ajouter : " Les Césars n'ont laissé la plèbe romaine bailler ni de faim ni d'ennui. Les spectacles furent la grande diversion au désoffrement de leurs sujets, et, par conséquent, le plus sûr instrument de leur absolutisme. "

2- Le théâtre une utilisation politique ou culturelle ?

L'utilisation politique du théâtre, mais non à des fins civiques comme à Athénes, d'où la multiplication des fêtes où s'engloutissaient, pour al sécurité de quelques uns l'argent de l'état. Cette forme nouvelle mis en valeur une prépondérance du visuel et du gestuel qui parviendra à dissoudre le théâtre dans le mimodrame.

CONCLUSION :

Ce voyage dans le monde du théâtre pointe clairement les différences d'attribution qui régnaient entre les théâtres et les amphithéâtres. Cette différence essentielle, met en valeur que ces structures sont également des outils de contrôle pensés par des administrateurs afin de canaliser un peuple. L'intérêt de ce dossier est d'expliciter cette différence. Mais si nous revenons au terme d'arène, nous pouvons dire qu'il n'est pas spécifique aux arènes de Lutéce. Car les arènes est un espace circulaire sablé au centre des amphithéâtres romains, où se livraient des combats de gladiateurs. Les arènes correspondent à un amphithéâtre romain comme les arènes de Nîmes.

SOURCES :

* Dictionnaire des monuments de Paris, édition Hervas.

* Encyclopédie de la langue française, édition Bordas.

* De Lutéce à Paris, édition CNRS.

* Le théâtre, édition Bordas.

* Paris, vie et histoire du cinquième arrondissement, édition Hervas.