Lycée Le Rebours


Lutèce, une ville gallo-romaine




Les dieux et la vie religieuse Lutèce

Mars. Elément d'un pilier trouvé à l'emplacement de l'ancienne église Saint Landry.

par A.C. Gucciardi et E. Delignat

I - Les croyances religieuses à Lutèce

a) Les croyances populaires,

b) Les croyances Gallo-Romaines,

c) Le sacrifice

II - les cultes et les lieux de cultes officiels

a) Les cultes domestiques,

b) Les temples,

c) L'union religieuse : le pilier des Nautes,

d) Nécropoles et coutumes funéraires

CONCLUSION

Lutèce est une des principales cités gauloises dont on retrouve l'origine vers 52 avant J.C.

Elle deviendra PARIS au IVème siècle après J.C. Nous étudions dans cet exposé l'un des aspects les plus importants des civilisations antiques : Les dieux et la vie religieuse à Lutèce, selon trois parties : Tout d'abord, les croyances religieuses puis l'organisation de la vie religieuse et enfin les différents dieux vénérés.

I - LES CROYANCES RELIGIEUSES A LUTECE.

A) Les croyances populaires s'expriment au travers de la superstition. Les Gaulois etaient sensibles à la magie, comme le prouvent les nombreux talismans retrouvés dans les fouilles archéologiques : bracelets, ambre, corail,etc... qui sont des amulettes destinées à détourner le mauvais œil.

On trouve des traces de superstition dans la lecture des pièces de monnaie, découvertes le long du fleuve lors de rites propitiatoires. En effet il s'agissait de conjurer le sort, car franchir le fleuve représentait un danger.

On a également retrouvé des pièces de monnaie dans la bouche des défunts. C'était dans ce cas une obole à Charon, le passeur des morts vers l'au-delà.

B) Les croyances Gallo-Romaines

La commodité des repères chronologiques ne doit pas déformer notre regard et nous empêcher de constater des continuités, malgré les ruptures de l'histoire. C'est le cas dans le domaine religieux : en Gaule comme ailleurs, la conquête romaine n'a pas complètement annihilé les anciennes croyances, lesquelles marquaient déjà une nette tendance au syncrétisme lorsque César décrivait les croyances des Celtes.

Malgré leur dureté, à l'égard des druides, les Romains ont parfaitement accepté la cohabitation des divers dieux. Ce double phénomène de fusion et de tolérance est bien illustré par le patrimoine archéologique parisien.

C) Le Sacrifice

A Lutèce, les Gaulois pratiquaient le sacrifice et notamment le sacrifice humain. Cette pratique représentait une sorte d'échange avec la divinité.

Jules César écrivait : " Ils pensent que la vie d'un homme ne peut être rachetée que par une vie humaine ".

Cependant, les dieux gaulois admettaient des substitutions aux victimes humaines, comme des animaux aux offrandes de simulacres.

La domination des Romains à entraîné la diminution des sacrifices humains, car les Romains se réservaient le droit de vie et de mort et les sacrifices humains étaient interdits aux druides.

II - LES CULTES ET LES LIEUX DE CULTES OFFICIELS

A) Cultes domestiques

Comme les Grecs et les Romains, les Gaulois devaient pratiquer des cultes privés, à l'intérieur des familles et des différents groupes sociaux.

A l'époque romaine, chaque famille gauloise possédait dans son foyer une laraire avec les statuettes de ses dieux.

Parallèlement à la religion publique, les cultes privés ont intégré les nouveaux dieux :

Ex. : Au flanc sud de la montagne Sainte-Geneviève, un sanctuaire privé a été découvert, datant du 1er siècle, qui représentait Mercure, Maïa et Rosmerta.

B) Les Temples

Sur les Temples, nous n'avons plus que des indications éparses : ces édifices qui étaient certainement parmi les plus somptueux de la ville ont dû subir des destructions aggravées par le triomphe du christianisme. Ils n'étaient pas répartis au hasard dans l'une et l'autre ville : on sait que l'urbanisme romain avait ses prescriptions religieuses, dont Vitruve nous a transmis l'usage courant ou, du moins la théorie. Au point le plus élevé de la ville, les dieux titulaires de la cité et la triade capitoline, Jupiter, Junon, Minerve ; au forum ou au marché, Mercure au marché, Isis et Sérapis ; près du théâtre, les patrons des arts lyrique et dramatique, Apollon et Bacchus ; près de l'amphithéâtre ou du cirque, le héros de la force physique, Hercule.

Hors de la ville : en terrain plat pour les manœuvres, Mars, afin d'éviter les querelles en ville et de prévenir les attaques de l'extérieur, auprès des portes, Vénus, pour ne pas favoriser la débauche dans la ville ; Vulcain, pour écarter les risques d'incendie, enfin dans un lieu reculé, Cérès, dont le sanctuaire ne doit être abordé qu'avec respect et en état de pureté. " Et les temples des autres dieux, dit Vitruve, doivent recevoir des emplacements commodes pour les sacrifices ". En outre, l'archéologie nous apprend que les sanctuaires des divinités indigènes -dont Vitruve ne parle pas- sont souvent situés en dehors de la ville, ou s'élèvent surtout les temples à plan rectangulaire de type gréco-romain : les sanctuaires nationaux à plan centré, rond, polygonal, carré ou cruciforme sont cantonnés dans les environs immédiats, où ils reçoivent plus aisément la visite des campagnards, ainsi le temple carré dit " de Janus " à Autun. Toutefois, certains temples de ce type s'élèvent parfois en pleine ville, à Périgueux ou à Tours par exemple.

Enfin, il faut compter avec les chapelles et édicules culturels, répartis dans la ville au hasard de sa croissance.

C) L'Union religieuse : le Pilier des Nautes

Le témoignage le plus extraordinaire est, à ce titre, le fameux pilier dit " des Nautes ", bien qu'il soit d'abord dédié à Jupiter.

Il devait atteindre une hauteur d'environ 6 mètres et se situer dans l'île, où il fut découvert. Remployé sans doute au Bas-Empire, il n'en subsiste que 5 blocs, qui fournissent néanmoins de précieuses indications : précocité de l'urbanisme de la Cité, puissances des Nautes, loyalisme envers Rome et surtout informations religieuses. En effet, à côté de dieux et de déesses du Panthéon Romain (Jupiter, Mercure, Mars, Fortuna, Castor et Pollux), on y voit des divinités typiquement gauloises comme : Esus, Tarvos, Trigaranus, Eurises, Smertrios ou Cernannos. Ce monument officiel consacre donc la bonne entente des diverses croyances et un syncrétisme réel : on sait par exemple que Jupiter trouve sont équivalent gaulois en Taranis, Dieu du ciel, quant à Mercure, il s'est intégré à l'image de plusieurs divinités indigènes, principalement lug " Prince aux sciences multiples " généralement accompagné de symboles d'équilibre du monde et de prospérité, ce Dieu protecteur des voyages et du commerce, mais aussi des arts et de l'artisanat, est le grand favori des Gallo-Romains.

Le pilier des Nautes fut découvert en 1711 sous le choeur de Notre-Dame de Paris. Ici l'on reconnait un dieu romain, vulcain.

Dédicace du pilier à l'empereur Tibère (début Ier siècle après JC). Le pilier est offert par la corporation des nautes de Lutèce, c'est à dire les marchands bateliers de la Seine. La dédicace fait de ce pilier le plus ancien de sa catégorie.

Cette partie du pilier des Nautes représente le dieu gaulois Smertrios, vainqueur du serpent. Ainsi le pilier réunit dieux romains et dieux traditionnels gaulois.

A Lutèce, on le retrouve sur d'autres monuments : stèles funéraires, pilier du Pont au Change associé à sa parèdre Maria-Rosmerta ou porte monumentale comme celle dite " Aux armes de Mars ". Là il revêt un

aspect très différent du juvénile et athlétique canon gréco-romain. Trapu, barbu et vêtu d'une épaisse tunique, il n'est identifiable que grâce à ses attributs, surtout il est représenté tricéphale, selon une symbolique celtique ternaire, exprimant la domination sur le ciel, la terre et le monde souterrain dans le passé, le présent et l'avenir.

Nécropoles et coutumes funéraires

La loi romaine séparant le monde des morts de celui des vivants, les cimetières se situent à la périphérie de Lutèce, au-delà du pomerium, principalement au sud-ouest et au sud pendant le Haut-Empire, les IVème et Vème siècles voyant surtout se développer la grande nécropole du
sud-est (Saint-Marcel/Gobelins).

Dans cette dernière, environ 3 000 sépultures (dont beaucoup plus de corps car un certain nombre de tombes ont été réutilisées) ont fourni de précieuses informations sur les parisiens du Bas-Empire. D'une taille plutôt élevée pour l'époque (1,58 mètre pour les femmes, 1,68 mètre pour les hommes), ils ne présentent pas de traces de malnutrition ni de séquelles liées à des épidémies ou à des travaux harassants. L'âge moyen de la mort se situe entre 50 et 60 ans. L'inhumation l'emporte largement sur l'incinération, même durant les trois premiers siècles, avant l'implantation du christianisme. Dans ce dernier cas, les ossements calcinés sont rassemblés dans une urne. Lorsque la personne est enterrée,

ses proches déposent souvent près de sa dépouille la "vaisselle du mort " : assiettes en sigillée, gobelets en terre, récipients en verre, l'obole à Charon ainsi que des amulettes, des figurines en terre cuite, parfois des offrandes alimentaires : on a retrouvé des ossements de lapin ou de gallinacés. La plupart des tombes sont modestes (en pleine terre ou dans des cercueils de bois, ou encore recouvertes de quelques grandes tuiles plates mais les plus aisés s'offrent des sarcophages ornés de bas-reliefs illustrant leur activité terrestre ou leur goût pour la mythologie).

Conclusion

Au terme de cette brève promenade dans l'histoire et les vestiges de Lutèce, on peut mesurer le chemin parcouru par cette Cité, modeste à l'origine. Sa situation exceptionnelle, mais aussi sans doute la qualité de ses habitants, font progressivement d'une ville gallo-romaine moyenne et atypique un élément important de l'échiquier géopolitique.

Selon les poètes, Paris serait femme, et certes nulle figure ne l'incarne mieux, à son berceau, que cette Geneviève inspirées, résolue et généreuse, liée au passé gallo-romain et ouverte à l'avenir représenté par les Francs. Celle qui sera un jour la patronne de la ville illustre bien le passage de la société antique à celle du haut Moyen-Age, lorsque la Gaule se transforme en France et que Lutèce devient Paris, Capitale.